Au Pays des Sorciers

Connaissez-vous Greuville ?

Le saviez-vous ? La commune de Greuville est connue dans la région sous le nom de "Pays des Sorciers"... Quelle explication donner à cette curieuse renommée ? 

Il existe plusieurs hypothèses.

Autrefois les troupeaux étaient nombreux dans la région. Les vétérinaires par contre, étaient difficiles à trouver. Aussi les bergers soignaient eux-mêmes leurs bêtes. Ils acquirent ainsi la réputation d'être tous plus ou moins rebouteux. C'est ainsi que la population eut aussi recours à eux, pour guérir foulures ou entorses, et bénéficier de leurs connaissances sur les vertus de certaines herbes... de là à s'adonner à la magie, il n'y a qu'un pas ! 

Une autre hypothèse viendrait du fait que de la fin XVIème siècle à la fin du XIXème siècle, les habitants du village filaient et tissaient à domicile. L'influence de l'activité des tisserands depuis les usines de la vallée de la Saâne à Luneray s'étendait bien entendu jusqu'au communes voisines, dont Greuville. Les ouvriers des usines de la vallée parvenaient parfois à subtiliser une partie du fil qui leur était fourni et le revendaient clandestinement... Ce commerce clandestin avait lieu la nuit, paraît-il du côté de la Croix de Beauvais à Greuville. Ces réunions nocturnes prirent vite la renommée d'être en réalité des réunions de sorciers ! Et pour éloigner les indiscrets, rien de tel que d'entretenir cette renommée ! 

Le registre du Conseil de Fabrique de la paroisse nous apprend que l’abbé Tourmente, qui desservit la paroisse de 1822 à 1840 fut victime à Greuville de multiples « misères et tracasseries ». Le registre note ensuite « A cette époque eurent lieu les premières scènes de sorcellerie qui se succédèrent pendant plusieurs années et qui ont fait de cette paroisse une paroisse aujourd’hui connue sous le nom de paroisse des sorciers ». Que c’est-il passé alors ? « Il n’est pas possible de transcrire ici, la prudence s’y oppose » relate ce même registre. Cette grande prudence ne permet pas d’élucider le mystère... L'abbé Colombel, son successeur en 1840, aurait lui aussi été victime des sorciers lors du chantier de son presbytère. Autre fait qui pose question, l'installation d'une confrérie de Jésuites à Greuville, dont la présence est rappelée aujourd'hui par la Sente aux Moines, et dont la mission était de convertir la population infidèle ou hérétique.

On fait évidemment le lien avec la présence des sorciers...

Dans leur ouvrage "Histoire de Greuville", Chapron et Gueville relatent une rencontre avec le "dernier sorcier" de la commune:

« J’ai connu le dernier sorcier de Greuville. C’était un brave homme, petit, râblé, bon vivant. Il était fil de berger. Il vivait sur une petite exploitation fort bien tenue et exerçait par ailleurs, le métier de hongreur (le hongreur était celui qui castrait les chevaux). Il était réputé pour son habileté à des lieues à la ronde. Il était aussi vétérinaire à l’occasion et quelque peu rebouteux. Je me suis laissé dire par un ancien du village qu’autrefois, il s’était livré à certaines pratiques de sorcellerie et à quelques forfanteries ; histoire, vieux malin, car il l’était de soutirer donc en nature ou espèces sonnantes à de bonnes gens trop crédules. Victime d’une entorse, une vieille l’appelle un jour. Il examine la cheville, la palpe, envoie la patiente au lit et lui avoue son embarras. ‘Votre état demande des soins, je vais revenir avec confrère plus qualifié, mais surtout il faut bien le recevoir, lui préparer un bon repas, ne pas le déranger pour rien’. Après un repos de quinze jours au lit, ayant reçu les deux rebouteux à sa table fort généreusement et payé leurs vacations d’un bon poulet bien dodu, la bonne femme remarchait et louait leurs services. Une autre fois, une brave femme elle aussi, l’appela à son secours. Elle était réveillée la nuit par des bruits singuliers et croyant sa maison hantée. ‘J’vas vous faire une prière’ dit notre homme. La vielle femme passa quelques nuits au calme, puis les bruits recommencèrent. Elle rappelé donc notre sorcier. ‘J’m’en doutais un peu, avoua-t-il, vous aviez pris une prière pas trop chère, cette fois j’m’en vas vous en débarrasser pour de bon’. La vieille fut plus généreuse et les bruits cessèrent de nouveau. Les trois jeunes gens qui dansaient dans son grenier pour lui faire peur la laissèrent alors tranquille. Une dernière histoire : la victime est encore une vieille personne qui vivait seule et se croyait persécutée par son voisin qui désirait récupérer le logement qu’elle occupait sous le même toit. Sans doute la visite du sorcier fut-elle remarquée de tout le village, le voisin estima plus prudent de cesser ses tracasseries. Voilà ce que nous savons de ces sorciers. »