Le saviez-vous ? Qui sont ces siamoisiers ?

Avez-vous déjà remarqué une rue au nom curieux à Luneray?

La rue des Siamoisiers !

Un siamoisier était un tisserand spécialisé dans "la siamoise", une étoffe faite d'une chaîne de lin et d'une trame de coton. La fibre de lin était obtenue localement alors que le coton était lui distribué par des "marchands". En effet, à cette époque, le coton arrive par bateau au port du Havre en provenance des colonies. Cette matière première est donc introduite petit à petit dans la région.

 

Mais pourquoi ce nom?

Ambassade du Siam auprès de Louis XIV dirigée par Kosa Pan en 1686, par Nicolas Larmessin Ambassade du Siam en France (1686)

Ces nouvelles étoffes prennent le nom de siamoises car elles ressemblent aux étoffes que portaient les ambassadeurs du Roi de Siam lorsqu’ils furent reçus par Louis XIV en 1686. Le Siam qu'on appelle aujourd'hui, la Thaïlande !

 

Comment travaillaient-ils?

Les tisserands, nombreux à Luneray et dans le Pays de Caux exerçaient leur métier chez eux. Toute la famille du tisserands était associée à son travail. Le tisserand utilisait le métier à tisser tandis que femme et enfants étaient occupés à filer le lin.

Le métier à tisser était monté dans une pièce du logis qu'on appelait l"ouvreux", éclairé par des verrines, de petites vitres encastrées dans le mur entre les colombes et scellées avec du torchis. Certaines maisons étaient également reconnaissables aux fenêtres fixes dans les combles qui servaient à éclairer la chambre à tisser.

De nos jours, quelques séchoirs à lin sont toujours visibles dans Luneray, reconnaissables au premier étage par leurs ouvertures fermées par des clins en bois orientables. Ces ouvertures permettaient de faire passer plus ou moins d'air dans l'habitacle afin de faire sécher les bobines de fils à l'intérieur. 

Effectivement une des étapes de la confection des étoffes étaient de faire tremper les écheveaux de fils dans une bouillie faite d'eau, de farine cuite et d'une matière grasse. Ce procédé permettait de rendre le fil plus résistant et plus lisse facilitant son passage dans le métier à tisser. 

Ce métier leur permettait d’avoir une vie plus confortable, et c'est pour cela qu'au fil du temps le tissage pris le dessus sur le travail de la terre dans la région. A Luneray, nombreux sont les habitants à avoir plusieurs activités professionnelles. Ouvriers agricoles l'été, ils deviennent tisserands l'hiver. 

Cependant, l’âge d’or de ces métiers s’arrête à l’aube de la Révolution française lors de la signature du Traité de libre échange avec l’Angleterre en 1786.

L’Angleterre  produit massivement et à moindre coût grâce aux machines à vapeur.  L’arrivée de produits étrangers moins chère entraine une baisse de la demande pour les étoffes française et une explosion du chômage chez les tisserands et siamoisiers.


En 1792, la situation s'inverse, l’Angleterre entre en guerre contre la France mettant fin au traité de libre échange. L’activité du tissage est relancée et le chômage recule. 

Mais le tissage du coton s’industrialise peu à peu, notamment avec l’arrivée des machines à filer le coton. C'est la fin du métier traditionnel de siamoisier tel que l’exerçaient nos ancêtres dans leurs chaumières normandes. Certains tisserands entrèrent dans les usines de tissage créés dans la région comme le tissage du Ronchay à Luneray ou bien l'usine de Gueures à Avremesnil quand d'autres partirent pour les filatures des villes. Une autre partie reprit les métiers de la terre, abandonnés il y a quelques temps par leurs aieux.

D'autres rues nous remèmorent ce passé :
A Luneray :  la rue des Toiliers, la rue des navettes
A Avremesnil : la rue des Tisserands
A Ouville-la-Rivière et Imbleville: Le Chemin de la Filature

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