Luneray, au fil des sentes à paniers

Un matin d'hiver lorsque les toits sont encore blancs du givre, que le soleil pointe le bout de son nez, que l'herbe craque sous mes pas, et que le temps semble s’être arrêté, c’est selon moi le meilleur moment pour s’y promener!

Il y a toujours de ces villages dont on tombe un peu sous le charme et qui nous trotte dans la tête jusqu'à ce que l'on y retourne! C'est comme avec les caramels au beurre salé, ça nous donne un petit goût de reviens-y!

Eh bien moi, c'est le cas avec Luneray. Pour la découvrir, on ne peut se contenter de s'arrêter sur la place et repartir. Il faut s’y aventurer, entrer dans ses chemins sinueux à peine visible de la rue et qui caractérisent son histoire.

J'aime m’y faufiler et me mettre dans la peau d'une de ses femmes qui allait au marché en prenant ces petits sentiers pour rejoindre plus rapidement le bourg. J'aime aussi m'imaginer être un protestant qui s'y précipitait la nuit venue pour rejoindre secrètement des lieux de prières lors des guerres de religion, ou encore me prendre pour un tisserand portant son panier, qui empruntait ses mêmes chemins pour aller vendre ses écheveaux aux plus offrants sur le marché. C'est d'ailleurs delà dont provient le nom "sentes à paniers". Si vous êtes attentifs, vous remarquerez sûrement un des anciens séchoirs à lin encore visibles sur la commune. Ses fenêtres au premier étage sont recouvertes de clins en bois.

En parcourant ces chemins, on aperçoit les maisons de maître en brique se dressant fièrement dans leur cour, les maisons plus contemporaines et les petites chaumières entourées d'hortensias dont s'échappent une légère fumée blanchâtre de la cheminée.

A Luneray, s'entremêlent des bâtisses utilisant les ressources locales. Bois, silex, grès, torchis, briques se côtoient au bord des routes. Les masures sont décorées de formes géométriques à l'aide de silex et de briques vernissées. Le pan de bois lui est tantôt peint de bleu, de vert, de marron, de gris et donne à chaque maison sa personnalité, à l'image de cette petite maison rapiécée à côté de l'Église Saint-Rémi.

Depuis ces petites sentes, on découvre toute l'ampleur de la ville qui se déploie comme une toile d’araignée dont la place du marché serait le centre et les fils seraient les rues et chemins menant vers les extrémités du village.

A Luneray, toutes les rues mènent à la place René Coty sur laquelle se dresse la mairie, une ancienne halle aux grains. La place est enveloppée par d’imposantes bâtisses en brique et colombage, serrées les unes contre les autres. Ici, les gens se croisent, se parlent autour d'un verre au café de Rouen et y achètent leurs denrées pour la semaine le dimanche matin lors du marché.  D'après les seinomarins, c’est le 5e plus beau marché du département! Il s'étale sur toute la place jusqu'au carrefour de la porte rouge. On y trouve de tout et de rien mais surtout des produits locaux de qualité (cresson, miel, neufchâtel, huîtres, volailles, pommes, ...).

 

A côté de la place se trouve l'église Saint-Rémi, ou plutôt, à côté de l'église se trouve la place. Quand elle est ouverte, on peut y admirer de magnifiques fonds baptismaux décorés d'entrelacs caractéristiques des 12 et 13e siècle.

 

Vous croiserez sûrement, sur votre promenade, un édifice rectangulaire dont on se demande bien quelle est sa fonction. C'est le temple protestant de Luneray, à la fois massif et accueillant, il nous invite à passer le pas de la porte et à découvrir un intérieur en toute sobriété et empli de lumière traversant les grandes baies.

 

En flânant dans le village, on rencontre à coup sûr des luneraysiens. Des voisins qui parlent entre eux de la pluie et du beau temps chacun d'un côté de la haie qui les séparent. Certains s'affairent dans le potager quand d'autres cuisinent et laissent s'échapper de la fenêtre entrouverte un léger fumet de tarte aux pommes. Ceux sont toutes ces petites choses insignifiantes, ajoutées les unes aux autres, qui font le charme de ces lieux.

Si ça vous tente, je vous accompagne volontiers, l’Office de Tourisme organise une visite de Luneray, une fois dans l’été.